Le champ n’est pas seulement un espace de production : il est aussi devenu un moyen de subsistance, d’autonomisation et d’espoir pour de nombreuses femmes rurales. À travers une exposition-vitrine organisée ce 8 octobre au Centre de Documentation et d’Information (CDI) d’OBALA, le GIC des Femmes ESSOUG ESSAMBA a voulu montrer ce que les mains de ses membres sont capables de produire.
En prélude à la célébration de la 31e édition de la Journée internationale de la femme rurale, le GIC des Femmes ESSOUG ESSAMBA a organisé, ce 8 octobre 2026 au CDI d’Obala, une exposition-vitrine placée sous le haut patronage du sous-préfet de l’arrondissement d’Obala, Félix KANGA. Manioc, plantain, cacao, tomates, feuilles de manioc, fruits, échalotes, arachides, patates ou encore ndjansang : les productions exposées témoignaient de la diversité du savoir-faire agricole des membres de ce groupement.
Des produits de la terre fièrement exposés
Dans l’espace aménagé pour l’occasion, les membres du GIC conduits par Madame MESSINA TSIMI ne sont pas venues les mains vides. Mesdames NGOUNI Rosalie, ANANGA Emilienne, MBIA Germaine, MENDOUGA NGA Jeanne, EYENGA, ainsi que Monsieur ZINGUI Roland, ont présenté différents produits issus de leurs activités agricoles.

Derrière chaque produit exposé se cachait une histoire, parfois celle d’une passion, parfois celle d’une
nécessité économique, mais toujours celle d’un travail quotidien. Pour Madame MENDOUGA NGA
Jeanne, les travaux champêtres sont ainsi une activité exercée avec plaisir. Manioc, arachides et maïs lui
permettent notamment de subvenir à ses besoins et de contribuer à la scolarisation de ses enfants.
Même constat chez Madame veuve TSIMI NGA. Depuis la disparition de son époux, il y a 23 ans, la culture des arachides et du manioc constitue pour elle une source essentielle de revenus pour prendre soin de sa progéniture.
Pour Monsieur ZINGUI Roland, la satisfaction est également au rendez-vous : « Le travail qui est fait par le GIC me rend gai…je travaille pour moi-même d’abord, pour le GIC et pour tout le reste des populations », a-t-il déclaré avec fierté.
Du ndjansang aux échalotes, des produits qui nourrissent et rapportent
L’exposition a également permis de mieux comprendre certains produits connus du consommateur, mais dont le processus de production demeure méconnu par certains.
Madame NGOUNI Rosalie a notamment livré à l’assistance quelques explications sur le ndjansang, de la production jusqu’à l’obtention de la graine destinée à agrémenter les plats. Un processus exigeant physiquement, mais qui peut également être rémunérateur. Produire le ndjansang, selon elle, « ça donne aussi de l’argent ».

Les échalotes occupaient également une place particulière dans cette exposition. Madame MBIA Germaine, qui s’est spécialisée dans leur culture, en vante les qualités et les opportunités qu’elles représentent. « Les gens ne savent pas que ces oignons sont de l’or. Quand vous avez ces oignons, vous pouvez soigner facilement la tension, les diabètes », a-t-elle laissé entendre.
Au-delà de leurs vertus qu’elle met en avant, cette activité constitue surtout pour elle un moyen de vivre. « Nous vivons de ça », insiste-t-elle. Mais là encore, la production se heurte à des difficultés matérielles, notamment le manque de machines adaptées au séchage.
Le manque de matériel, un frein à la transformation
Si les membres du GIC produisent, elles sont encore loin de pouvoir transformer suffisamment leurs récoltes. Le manque d’équipements revient ainsi comme l’une des principales préoccupations exprimées au cours de cette exposition.
Madame veuve TSIMI NGA évoque le défaut de machines pour la transformation du manioc et des arachides, ainsi que le manque d’outils agricoles. Madame EYENGA, qui cultive également les arachides, le manioc et la patate, pointe quant à elle la baisse de fertilité des terres.
Pour Madame NGA TSIMI Léontine, chargée des partenariats du GIC, la transformation constitue pourtant l’une des voies permettant de franchir un nouveau cap. Elle estime nécessaire de s’inspirer de méthodes développées ailleurs : « À l’étranger, il y a des méthodes qu’on n’a pas ici, qui sont plus faciles ».

Mais la question financière demeure centrale. Le coût des équipements et de la transformation de certains produits, comme la tomate, peut rendre le produit fini difficilement accessible. « C’est pour celà que vous allez constater que beaucoup ne font pas dans la transformation parce que c’est cher », explique-t-elle.
Le GIC ambitionne toutefois de sortir progressivement de cette production artisanale. « Ça c’est la production artisanale, ça veut dire qu’on peut passer à la production industrielle. Il faut juste les moyens, voilà pourquoi on parle des partenaires qui acceptent de financer », soutient Madame NGA TSIMI Léontine.
Des partenaires pour passer à une autre échelle
Cette ambition explique l’importance accordée aux partenariats. Parmi les partenaires présents à l’exposition figurait la PLANOPAC, représenté par son animateur régional du Centre, Monsieur ESSOMBA EBANGA Joseph. Dans le cadre du projet « une femme, un hectare de cacao », la PLANOPAC travaille avec le GICES et a notamment apporté des sachets aux membres.
L’accompagnement, selon son représentant, doit se poursuivre jusqu’à la transformation de la production. Il salue par ailleurs l’organisation de l’exposition, qui permet de rendre plus visible le travail réalisé sur le terrain. Mais il appelle déjà à aller plus loin : « Maintenant, il reste à quantifier pour voir quelle quantité de tel produit est fait au niveau du GIC et voir dans quelle mesure on peut accompagner les acteurs de cette filière là », a-t-il déclaré.

Autre partenaire présent : l’Institut Universitaire des Sciences et Techniques de Yaoundé (IUSTY), représenté par Monsieur NGA Donatien Roland. À travers des séminaires de formation, l’institut accompagne les membres du GICES en leur apportant notamment des techniques dans le domaine agricole. « Nous avons pu constater les merveilles que les femmes accomplissent…nous ne pouvons que les encourager à aller de l’avant », a-t-il déclaré.
Un GIC tourné vers l’autonomisation
L’exposition a également permis de mieux connaître le GIC des Femmes ESSOUG ESSAMBA. Légalisé le 2 juin 2009, il se positionne comme un partenaire technique et opérationnel des pouvoirs publics autour de trois principaux axes : la sécurité alimentaire, l’autonomisation de ses membres et le développement communautaire.
Avec 31 membres, dont 30 femmes et un homme, le GICES mise notamment sur la mutualisation des forces à travers le regroupement des terres, des semences et de la main-d’œuvre. Le renforcement de capacités, la professionnalisation des membres, les bonnes pratiques phytosanitaires et les stratégies post-récolte font également partie de son approche.
Ses membres exploitent plusieurs parcelles cultivées en synergie, avec pour principales productions le manioc, le maïs, le plantain, le macabo, les arachides et la tomate.
La présence de l’adjoint au sous-préfet d’Obala, particulièrement attentive aux explications des exposants, notamment celles relatives aux plants des tomates-cerises, est venue témoigner de l’intérêt porté à cette initiative.

Au-delà de la célébration de la femme rurale, cette exposition aura donc posé une question essentielle : comment donner aux productrices les moyens de transformer leur savoir-faire en véritables activités
économiques structurées ? Les membres du GIC des femmes d’ESSOUG ESSAMBA ont déjà les terres, les produits et l’expérience.
Reste désormais à leur donner les équipements, les formations, les débouchés et les financements nécessaires pour que leur production puisse changer d’échelle.
