Construite à un coût global estimé à 608 268 843 de francs CFA et inaugurée le 8 septembre 2022, la gare routière d’Obala était appelée à devenir l’un des principaux pôles d’organisation du transport interurbain dans la ville. Quatre ans après son inauguration, le constat est préoccupant : les cars assurant la liaison Obala-Yaoundé désertent progressivement l’infrastructure, préférant effectuer le ramassage des passagers au centre-ville.
Quand les transporteurs et les passagers préfèrent le centre-ville
Depuis plusieurs mois, la gare routière d’Obala connaît une baisse considérable de sa fréquentation. De
nombreux véhicules de transport qui desservent quotidiennement la ligne Obala–Yaoundé ne font plus
de la gare leur principal point d’embarquement.
La raison est simple : une partie importante des voyageurs préfère attendre les véhicules au centre-ville, considérant que la gare routière est trop éloignée des principaux espaces de vie et d’activités de la cité.
Cette situation a progressivement installé une pratique de ramassage des passagers en ville, au grand
dam des responsables de la gare routière. Selon le président de cette infrastructure, plusieurs recours
auraient déjà été adressés aux autorités compétentes afin de mettre fin à cette activité et de ramener les
transporteurs au sein de la gare. Mais jusqu’ici, le phénomène persiste.
Le responsable de la gare routière pointe notamment du doigt certains éléments de la Garde présidentielle
qui, selon lui, se livreraient également au transport des usagers en procédant au ramassage des passagers au centre-ville, malgré les interdictions et les différentes interpellations.
Face à la diminution constante du nombre de voyageurs qui rejoignent la gare, le président affirme être
parfois obligé de mettre son propre véhicule à contribution pour aller chercher des passagers au centre-ville et les ramener à la gare routière.
Les petits commerces étranglés par le manque de voyageurs
Au-delà du problème d’organisation du transport, l’abandon progressif de la gare routière d’Obala entraîne également des conséquences économiques. Autour de cette infrastructure, de petits commerces
avaient progressivement vu le jour, portés par l’espoir d’un important flux quotidien de voyageurs. Aujourd’hui, ces activités peinent à survivre.
KEDE Marie, vendeuse de brochettes à la gare routière, témoigne des difficultés grandissantes auxquelles son commerce est confronté. Pour elle, la baisse du trafic se traduit directement par une diminution des clients et, par conséquent, des recettes.
Le cas de la gare routière d’Obala pose ainsi une question fondamentale : comment rentabiliser et préserver un investissement public de plus de 608 millions de francs CFA lorsque l’infrastructure censée concentrer l’activité est progressivement contournée ?
Plus qu’un simple problème de transport, c’est désormais la survie économique de toute une infrastructure qui est en jeu. Il revient donc aux autorités compétentes de prendre le taureau par les cornes, de faire respecter les règles d’organisation du transport et de réfléchir, au besoin, à des solutions permettant de rapprocher davantage cette gare des réalités et des habitudes des populations.
Car laisser la situation perdurer, c’est prendre le risque de voir un investissement de plusieurs centaines de millions de francs CFA se transformer progressivement en une infrastructure vide, pendant que l’activité qu’elle devait organiser continue de se développer ailleurs.
