Quarante-six après sa disparition, André Marie MBIDA continue manifestement de déranger. Sinon, comment expliquer les multiples obstacles qui ont entouré les activités organisées en mémoire du tout premier Premier ministre camerounais ? Comment comprendre qu’au Cameroun, en 2026, rendre hommage à une figure majeure de notre histoire nationale semble encore relever du parcours du combattant ?
La semaine dernière pourtant, famille, proches, admirateurs et citoyens soucieux de mémoire avaient décidé de commémorer dignement le 46e anniversaire de la mort de celui que beaucoup considèrent comme l’un des pères de la nation camerounaise.
Une série d’activités avait été programmée pour honorer sa mémoire. Mais ce qui devait être un moment de recueillement et de transmission historique a malheureusement pris des allures de combat silencieux contre l’oubli organisé.
Le vendredi 8 mai, après une messe célébrée à la cathédrale Notre Dame des Victoires de Yaoundé, une conférence –débat devait se tenir dans la salle des convivialités du musée national. Mais à la dernière minute, les responsables du musée ont annoncé l’indisponibilité de la salle, avançant des raisons qui ont laissé plus d’un sceptiques. Finalement, la conférence s’est tenue dans une salle de la cathé-drale. Un repli improvisé qui pose question.
Comme si cela ne suffisait pas, le match de football prévu le dimanche 10 mai au stade d’Endinding, n’a pas pu se jouer. En cause: l’état déplorable de l’aire de jeu, jonchée de mottes de terre. Là encore, difficile de ne pas voir dans cette succession de faits un symbole troublant du peu de considération accordé à la mémoire d’un homme qui a pourtant marqué l’histoire politique du Cameroun.

Au fond, la question mérite d’être posée clairement: qu’est-ce qui dérange encore tant chez André Marie MBIDA ? Son patriotisme ? Son courage politique ? Ou alors cette indépendance d’esprit qui faisait de lui un homme difficile à manipuler et impossible à effacer totalement ?
Depuis des années, des voix s’élèvent pour demander que l’Etat camerounais reconnaisse officiellement André Marie MBIDA comme une véritable icône nationale. Mais jusqu’ici, silence radio. Plus grave encore, sa photo demeure absente du musée national, là où figurent pourtant d’autres grandes figures de notre histoire. Une absence qui ne peut être anodine.
Un peuple qui choisit d’effacer certains de ses héros finit toujours par fragiliser sa propre mémoire collective. André Marie MBIDA mérite mieux que l’oubli, mieux que les silences gênés, mieux que les hommages contrariés. Car on ne construit pas une nation forte en triant sa mémoire selon les convenances du moment.
