Il y a soixante ans, le 15 mars 1966, disparaissait tragiquement OSSENDE AFANA, figure majeure du nationalisme camerounais et premier Docteur en sciences économiques en Afrique noire francophone. Originaire de la Lékié, cet intellectuel engagé et militant de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) fut capturé et décapité à l’âge de 36 ans. Six décennies plus tard, son souvenir semble pourtant sombrer dans l’oubli, aussi bien au niveau national, que dans sa terre natale.
Un intellectuel brillant au service de la liberté
L’histoire d’OSSENDE AFANA est celle d’un destin
exceptionnel brisé trop tôt. Le parcours académique de
ce fils de la Lékié le mène jusqu’au doctorat en sciences
économiques, faisant de lui le premier africain noir francophone à atteindre ce niveau dans cette discipline.
Mais OSSENDE AFANA n’était pas seulement un universitaire. Il était aussi un militant profondément engagé pour la liberté et la souveraineté de son pays. Membre
actif de l’UPC, il s’inscrit dans la lignée de ces nationalistes qui, dans les années 1950 et 1960, ont défié l’ordre colonial et ses prolongements pour réclamer une indépendance véritable.
Anti-impérialiste convaincu, il choisit de mettre son savoir et sa plume au service de la lutte politique. Pour lui,
l’émancipation du Cameroun ne devait pas seulement être politique, mais aussi économique et sociale.
Une fin tragique dans la lutte
Le 15 mars 1966 marque le tournant dramatique. Capturé dans le contexte des affrontements opposant les forces
gouvernementales aux maquis nationalistes, OSSENDE AFANA est exécuté de manière particulièrement brutale: il est décapité.
Cette disparition violente met fin à la trajectoire d’un homme qui aurait pu jouer un rôle déterminant dans la construction intellectuelle et économique du Cameroun
indépendant.
Son sacrifice rejoint celui de nombreux autres nationalistes camerounais qui ont payé de leur vie leur engagement pour la liberté de notre peuple. Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’une nation reconnaissante, leur mémoire peine encore à trouver la place qu’elle mérite dans le récit national.
60 ans après, un silence difficile à comprendre
En ce 60e anniversaire de sa disparition, force est de
constater que la mémoire d’OSSENDE AFANA reste
largement ignorée. Aucune commémoration d’envergure, peu de débats publics, et un silence quasi général
autour de cette date pourtant chargée de sens.
Plus troublant encore, cet oubli semble également s’observer dans la Lékié, son département d’origine Là même où l’on devrait s’enorgueillir d’avoir vu naître un
tel intellectuel et patriote, sa mémoire reste trop peu célébrée.
Cet effacement progressif pose une question essentielle: comment une nation peut-elle construire son avenir en négligeant la mémoire de ceux qui ont combattu pour son existence ?
Soixante ans après sa mort, l’histoire d’OSSENDE AFANA mérite d’être racontée, enseignée et honorée. Car oublier ces figures de courage et de sacrifice, c’est risquer de perdre une part essentielle de notre mémoire collective.
