Depuis la tenue du scrutin présidentiel, l’on assiste sur les réseaux sociaux, à la tenue de discours qui peuvent nuire à notre sentiment d’unité nationale. Parce qu’on soutient tel candidat issu de sa communauté, l’on n’hésite pas à tenir des propos stigmatisants sur d’autres communautés. De telles attitudes peuvent détruire ce vivre-ensemble ci cher à notre patrie.
Depuis la récente élection présidentielle, le Cameroun, pourtant reconnu pour sa diversité culturelle harmonieuse, voit ressurgir de dangereux relents identitaires. Sur les réseaux sociaux et parfois même dans des conversations publiques, certains discours divisent, stigmatisent et menacent de fissurer le fragile ciment du vivre-ensemble. Derrière ces propos, souvent portés par des figures d’influence, se cache un péril silencieux : la désagrégation du sentiment national.
Les réseaux sociaux devenus champs de bataille identitaire
Ce qui, autrefois, relevait d’un débat politique normal semble aujourd’hui dériver vers un affrontement communautaire. Sur Facebook, les discussions politiques prennent souvent des allures d’invectives ethniques. Des camerounais, mus par la passion ou l’émotion du moment, se lancent dans des attaques verbales violentes contre des communautés qui ne sont pas leurs, accusées ou caricaturées selon le camp politique qu’elles soutiennent.
Le plus inquiétant, c’est la facilité avec laquelle ces propos circulent, s’amplifient et finissent par façonner les esprits. Les plateformes numériques, censées être des espaces de partage et d’échanges d’idées, se transforment peu à peu en arènes de confrontation identitaire.
Des leaders d’opinion qui attisent les braises
Ce phénomène serait moins alarmant si certains leaders d’opinion ne s’y prêtaient pas. Des influenceurs, hommes de médias, acteurs culturels, responsables politiques, censés prôner la sagesse et l’unité, alimentent parfois eux-mêmes ces discours stigmatisants. Leurs mots, leurs discours, souvent prononcés devant des milliers de suiveurs, ont un poids considérableLa preuve, c’est qu’ils sont souvent encouragés par des followers qui trouvent leurs discours corrects et les félicitent même pour le fait qu’ils « défendent » leur communauté.
Lorsqu’un leader communautaire ou un commentateur influent parle avec rancune d’un autre groupe, il légitime, sans toujours le vouloir, la haine et la méfiance.
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Or, l’histoire récente de nombreux pays africains nous enseigne qu’il suffit d’un mot de trop, d’un discours malveillant ou d’une manipulation bien orchestrée pour enflammer un pays tout entier. Le Cameroun, riche de sa pluralité culturelle, ne saurait se permettre ce luxe car aucune couche communautaire n’en sortirait gagnante, et c’est notre tissu social qui se trouvera déchirer, avec des conséquences qui pourraient durer peut-être pendant des décennies.
Un risque réel pour le tissu social
Le Cameroun s’est toujours enorgueilli de son unité dans la diversité. Il faut rappeler à cet effet, que notre pays compte des centaines de tribus, avec presque autant de cultures. Une richesse que de nombreux pays dans le monde nous envient.
Mais aujourd’hui, à cause de la politique, cette unité, conquise au prix des décennies de cohabitation pacifique, vacille. La fracture identitaire, si elle s’enracine, pourrait compromettre des décennies de stabilité relative.
Les propos haineux, souvent banalisés, finissent par influencer les comportements. Des amitiés se brisent, des familles se déchirent, des quartiers se divisent en « eux » et en « nous ». Or, quand les différences deviennent des armes au lieu d’être des richesses, c’est toute la société qui s’effondre.
La responsabilité des médias et des élites
Dans cette situation, les médias, qu’ils soient traditionnels ou numériques, ont un rôle crucial à jouer pour sauver les meubles, contrecarrer les discours de haine, sensibiliser les uns et les autres sur les dangers des discours haineux.
En tant que détenteur du quatrième pouvoir, les médias peuvent choisir d’attiser la division par des propos partisans, ou de jouer pleinement leur rôle d’éducateurs, de pacificateurs et de bâtisseurs d’opinion responsable.
Les journalistes, les enseignants, les responsables politiques et les artistes doivent se souvenir que leurs paroles façonnent des imaginaires . Dans un contexte aussi fragile, chaque mot compte. Loin des discours incendiaires, ils doivent contribuer à restaurer la confiance, à éteindre les foyers de haine et à rappeler à tous que la patrie n’a ni tribu, ni dialecte.
Unité nationale: un héritage à protéger
Depuis les pères fondateurs, l’unité nationale est au cœur du projet camerounais. Ce n’est pas un simple slogan politique, mais un idéal collectif, né de la volonté de peuples différents de bâtir un destin commun.
Ce pacte social doit être protégé comme un trésor. Il ne s’agit pas de nier nos différences, mais de les sublimer, de les exposer aux yeux du monde. C’est dans la diversité que se trouve la richesse du Cameroun.
A l’heure où certains tentent de dresser les fils et filles du même pays les uns contre les autres, il est urgent de réaffirmer ce que nous avons en commun : un drapeau, un hymne, une histoire et surtout un avenir partagé.
Appel à la vigilance et à la responsabilité collective
La cohésion nationale n’est pas l’affaire d’un seul camp, ni d’un seul leader. Elle relève de la responsabilité de tous, de chacun d’entre nous. Chacun de nous, dans sa sphère d’influence, doit contribuer à apaiser les tensions, à déconstruire les préjugés et à promouvoir la tolérance. Il faut oser dénoncer les discours haineux, même lorsqu’ils viennent de notre propre communauté. Il faut rappeler que derrière chaque nom, chaque accent ou chaque origine, il y a avant tout un camerounais.
Préserver le vivre-ensemble : un devoir moral
Au-delà de la politique, préserver la cohésion nationale est un devoir moral. C’est refuser que nos enfants grandissent dans un pays où la haine de l’autre devient la norme. C’est défendre la paix, cette valeur si précieuse que beaucoup n’apprécient qu’une fois perdue.
Le Cameroun a connu des épreuves, mais il a toujours su se relever grâce à la solidarité de ses fils et filles. Aujourd’hui encore, il est temps de puiser dans cette force pour reconstruire la confiance.
En conclusion : choisir l’unité, pas la division
Le Cameroun ne doit pas se laisser piéger par la logique des « blocs ethniques ». Aucun développement n’est possible dans la division. Ceux parmi nous qui propagent la haine oublient que le mal qu’ils sèment finira toujours par les rattraper et ils en subiront eux aussi les conséquences.
Redonnons toute sa valeur à la fraternité, à la tolérance et au respect mutuel. Car au-delà des partis politiques, des origines et des convictions, nous n’avons qu’un seul pays. Et ce pays, c’est le CAMEROUN.
