Alors que le Cameroun attend les résultats de la présidentielle du 12 octobre 2025, un discours dangereux refait surface, tenu par certains individus qui se disent personnalités publiques: ce discours veut enfermer le pouvoir entre les mains d’une ethnie.
Dans la LEKIE comme ailleurs, il est temps de rappeler que la présidence n’est pas un héritage tribal, mais un mandat confié par le peuple tout entier à celui qui inspire confiance et espoir pour l’avenir de notre pays.
Depuis l’élection présidentielle du 12 octobre dernier, le pays retient son souffle. Les regards sont tournés vers Yaoundé, dans l’attente des résultats officiels. Mais pendant que la nation patiente, un autre spectacle se joue dans les conversations quotidiennes autour de nous : celui d’un repli identitaire qui ronge lentement notre vivre-ensemble.
Dans le département de la LEKIE, certains de nos frères et sœurs EKANG BETI affirment sans gêne que, parce que le président sortant et candidat à sa propre succession, Monsieur Paul BIYA, est issu de notre communauté, il serait « normal » que tout EKANG BETI vote pour lui.
Cette logique nous dé-range profondément. Car, à force de confondre appartenance ethnique et destin national, nous risquons de perdre le sens même de la démocratie.
Le fauteuil présidentiel n’est pas la propriété d’une tribu. Il n’appartient ni aux EKANG, ni aux BAMILEKE, ni aux SAWA, ni à quelque autre communauté du CAMEROUN. Il appartient au peuple tout entier, dans sa diversité et sa richesse.
Tout camerounais quelle que soit son origine, a le droit légitime d’aspirer à diriger le pays, s’il en a les compétences, la vision et la volonté de servir. Réduire le choix d’un dirigeant à une question d’ethnie, c’est nier le mérite, la compétence et l’engagement citoyen. C’est aussi diviser un peuple qui, plus que jamais, a besoin de se rassembler autour des projets, et non des clivages.
Nous devons nous interroger : voulons-nous un président par ce qu’il est simplement de la même ethnie que nous, ou parce qu’il nous inspire confiance pour bâtir un avenir meilleur ? L’ethnie ne construit pas les routes. Elle ne soigne pas les malades. Elle ne scolarise pas nos enfants. Ce sont les politiques publiques, la bonne gouvernance et le sens de l’intérêt général qui le font. Et cela, aucun groupe ethnique ne peut le revendiquer seul.
En pensant que le pouvoir doit rester « entre nos mains », nous fermons la porte à d’autres talents, d’autres idées, d’autres énergies qui pourraient pourtant servir la nation.
Le tribalisme politique est un poison lent, qui détruit la confiance, alimente la haine, et finit toujours par fragiliser le pays tout entier. Le CAMEROUN de demain ne se construira pas sur des appartenances, mais sur des valeurs : le travail, la justice, la solidarité, et la loyauté envers la République.
C’est à ces repères que nous devons juger nos dirigeants, non à leur origine. Alors oui, soyons fiers d’être EKANG BETI. Mais avant tout, soyons camerounais. Et c’est en tant que Camerounais que nous voulons choisir celui qui dirigera notre pays – non parce qu’il est de notre sang, mais parce qu’il porte dans son cœur le destin de nous tous.
