Dans un monde où la technologie dicte le rythme du progrès, la jeunesse de la LEKIE reste à la traîne, faute d’infrastructures, de formations adaptées et d’une véritable stratégie digitale locale.
Alors que le numérique transforme les économies, crée de nouvelles professions et ouvre les portes d’un marché mondial sans frontières, les jeunes de la LEKIE peinent encore à en tirer profit. Entre l’absence de centres de formation TIC, le manque d’accompagnement institutionnel, la fracture numérique se creuse, menaçant l’avenir d’une génération pourtant pleine de talents. Ce dossier met en lumière les défis, les opportunités et les pistes d’action pour préparer la jeunesse de la LEKIE au monde digital d’aujourd’hui.
Une jeunesse connectée…mais pas formée
Dans les rues d’OBALA, SA’A, MONATELE et autres, les smartphones sont omniprésents. Nos jeunes discutent sur WhatsApp, suivent des influenceurs sur Facebook, TikTok, regardent des tutoriels sur YouTube. En apparence, ils semblent parfaitement intégrés dans l’univers digital. Mais la réalité est plus complexe: être utilisateur du numérique ne signifie pas être formé au numérique, ce qui va aboutir à devenir soi-même acteur du numérique, et non plus un simple consommateur.
La plupart des jeunes de la LEKIE naviguent sur internet sans en maîtriser les outils essentiels: bureautique, création de contenus, gestion des réseaux sociaux, cybersécurité, codage, design graphique, marketing digital…autant de compétences qui, ailleurs, sont devenues incontournables pour accéder à l’emploi, lancer un projet ou simplement se frayer une place dans un marché de plus en plus compétitif.
Certes, cette situation n’est pas propre à la LEKIE, mais elle y est plus marquée en raison d’un déficit structurel de formation alors que rien mais alors absolument rien ne justifie ce déficit.
Les secrétariats et autres se contentent de former leurs apprenants sur l’usage de Word, Excel, Publisher, les écoles pour certaines, sont dotées de salles informatique, mais il faut bien plus que ça pour former nos jeunes aux métiers du numérique.
Des infrastructures TIC insuffisantes et inadaptées
Le premier obstacle à la formation numérique dans la LEKIE reste la faiblesse des infrastructures. Comment apprendre le développement web ou alors le montage vidéo quand l’accès à un simple tutoriel consomme déjà la quasi-totalité du forfait hebdomadaire ? L’accès à internet est un problème dans la LEKIE. Pour encourager nos jeunes à l’apprentissage des métiers du numérique, l’une des choses à faire, est de leur faciliter l’accès à internet, permettre à ces jeunes d’avoir accès à internet de façon totalement gratuite à certains endroits de nos villes.
Au problème d’accès à internet, s’ajoute l’absence de structures dédiées. On peine à trouver dans la LEKIE:
•Des centres numériques communautaires modernes;•Des salles multimédia vraiment équipées;
•Des clubs digitaux dans les lycées et collèges;
•Des partenariats entre les mairies et des entreprises technologiques.
Pourtant dans d’autres localités de notre pays, plusieurs municipalités ont déjà investi dans des espaces publics numériques, permettant aux jeunes de se familiariser avec les différents aspects du monde numérique.
Le département de la LEKIE accuse donc un retard inquiétant qui, s’il n’est pas rattrapé rapidement, deviendra difficile à combler.
Un marché d’emploi qui évolue très vite pour la jeunesse locale
Aujourd’hui, même les métiers traditionnellement non numériques intègrent une dimension technologique.
L’agriculteur moderne utilise des outils de suivi, des applications météorologiques et des plateformes d’achat. Le commerçant doit savoir gérer une page Facebook ou un compte WhatsApp Business pour attirer des clients. L’artisan peut trouver de nouveaux débouchés grâce à des plateformes en ligne.
Mais les jeunes de la LEKIE ne disposent pas de ces compétences de base. Résultat: ils se retrouvent exclus des opportunités offerts par la révolution numérique. Pendant que d’autres jeunes, des grandes agglomérations monétisent leurs talents sur le web (design, montage, rédaction, community management, e-commerce, etc. ) ceux de la LEKIE continuent d’errer entre petits jobs informels, agriculture traditionnelle et débrouillardise.
Pourtant, une simple formation de quelques mois peut changer une vie: apprentissage du graphisme initiation au développement, montage vidéo, maîtrise des outils numériques, vente en ligne…autant de compétences qui permettent de créer une activité rentable, même en restant dans sa LEKIE natale.
La fracture numérique, une menace silencieuse pour l’avenir
L’enjeu n’est pas seulement économique. Il est aussi social et éducatif. Sans une maîtrise minimale des outils technologiques, nos jeunes risquent de devenir des « citoyens passifs » dans un monde qui exige une participation active et informée.
Cette fracture numérique peut, à terme, créer une génération à deux vitesses: d’un côté ceux qui maitrisent les outils modernes, de l’autre côté, ceux qui restent enfermés dans un modèle traditionnel qui ne correspond plus aux exigences du monde contemporain.
Des opportunités énormes…encore inexploitées
Malgré ce tableau préoccupant, la LEKIE dispose de nombreuses opportunités qui pourraient transformer complètement le paysage numérique local:
•Le potentiel des jeunes: la LEKIE regorge de jeunes créatifs, débrouillards et motivés. Certains s’essaient déjà au commerce en ligne, à la création de contenu, au petit graphisme, à la réparation des téléphone. Avec un encadrement adapté, ces talents pourraient se professionnaliser.
•La proximité avec Yaoundé: La LEKIE bénéficie d’un avantage majeur, sa proximité avec la capitale du pays. Les partenariats avec les universités, les startups, incubateurs et écoles spécialisées sont donc plus accessibles.
•L’essor des métiers « sans diplôme » dans le digital: le numérique ouvre la voie à de nouveaux métiers plus accessibles: webmaster, community manager, graphiste, monteur vidéo etc.
Ces métiers peuvent être exercés depuis n’importe où. Pour rattraper le retard, il faudrait donc entre autres, créer des centres numériques communautaires avec les équipements nécessaires, nouer des partenariats avec des startups et des écoles digitales afin que ces dernières pourraient venir former nos jeunes lors des ateliers pratiques.
Il faut aussi penser à soutenir ces jeunes qui ont des projets digitaux, à travers des micro-crédits, le mentorat, l’octroi des espaces pour faire connaitre leurs travaux.
Un virage numérique incontournable
L’avenir de la LEKIE dépend en grande partie de la capacité de sa jeunesse à s’adapter au monde numérique. Le digital n’est plus un luxe, ni un simple outil de divertissement: c’est un levier essentiel de développement, d’emploi et de transformation sociale.
La jeunesse du département de la LEKIE a tout le potentiel pour s’y intégrer pleinement – encore faut-il lui en donner les moyens. Si rien n’est fait, la fracture numérique continuera de s’élargir.
Mais si des actions concrètes et coordonnées sont engagées dès maintenant, la LEKIE pourrait devenir un modèle départemental en matière de formation digitale.La balle est dans le camp de nos décideurs…et de notre communauté.
