Après trois saisons euphoriques marquées par des prix records, voire historiques, le cacao replonge progressivement. Une chute qui inquiète déjà les producteurs et assombrit les perspectives de la prochaine campagne.
De 5000 FCFA minimum le kilogramme les saisons récentes, à 1500 FCFA aujourd’hui. Le cacao, perçu comme une valeur sûre ces trois dernières saisons, amorce une baisse progressive qui suscite inquiétudes, regrets et incertitudes chez les producteurs. Pour ce qui est de la prochaine saison cacaoyère, beaucoup redoutent un retour aux prix bas d’hier.
Une baisse progressive qui surprend et inquiète
Après trois saisons cacaoyères successives marquées par une envolée spectaculaire des prix, le marché du cacao semble entrer dans un phase de reflux. Il y a encore quelques mois, le kilogramme de fèves de cacao se négociait à des niveaux jamais atteints auparavant, allant parfois chercher jusqu’à 6000 FCFA dans plusieurs bassins de production. Une situation exceptionnelle qui avait redonné espoir à de nombreux producteurs, longtemps éprouvés par des prix jugés esclavagistes.
Mais depuis quelques semaines, le décor change. Dans plusieurs points de vente, le cacao est passé de 2200 – 2400 FCFA à environ 1500 FCFA le kilogramme. Une baisse progressive, mais suffisamment marquée pour semer le doute.
Pour de nombreux producteurs, ce repli sonne comme un avertissement: le cycle favorable pourrait être en train de s’achever. Si certains observateurs estiment que cette baisse reste encore « supportable », sur le terrain, le sentiment dominant est celui de l’inquiétude. La crainte majeure est de voir les prix continuer leur chute dans les mois à venir, compromettant ainsi la rentabilité de la prochaine saison cacaoyère.
Des producteurs hantés par le souvenir des prix bas
Cette situation réveille de mauvais souvenirs chez les producteurs de cacao. Pendant de très longues années, le kilogramme de cacao se vendait entre 900 (parfois moins) et 1100 FCFA. Ceci, dans un contexte de travail manuel difficile et de revenus insuffisants. Pour ces cacaoculteurs, les récentes saisons fastes avaient enfin permis de respirer, d’investir dans les plantations, de réaliser pas mal de projets car il faut le dire, ils sont nombreux ces producteurs de cacao qui ont profité des trois dernières saisons, pour se construire, et réaliser beaucoup de choses pour leur épanouissement.
Pour ces derniers, si le rêve venait à s’arrêter là, ils n’auront pas beaucoup de regrets. Aujourd’hui, la peur d’un retour à ces prix planchers est bien réelle. « Si le cacao chute par exemple à 900 FCFA la saison prochaine, ce sera vraiment un gros choc pour nous les producteurs », nous confie un cacaoculteur du côté de Minkama. Cette inquiétude est d’autant plus forte que les charges liées à la production (main d’œuvre, entretien des plantations, intrants), ne sont pas évitables.
La baisse actuelle du prix est donc perçue non seulement comme un recul économique, mais aussi comme un choc psychologique. Elle met à mal l’optimisme né des saisons précédentes et replonge les producteurs dans l’incertitude.
La spéculation, un pari perdu pour certains producteurs
Au-delà de la baisse elle-même, un autre élément alimente les regrets: la spéculation. En effet, lorsque les premiers signes de chute sont apparus il y a environ deux mois, certains producteurs ont fait le choix de conserver leurs stocks. Ils espéraient une remontée des prix au courant de la période de janvier.
Ce choix, compréhensibles au regard des expériences récentes, s’est toutefois révélé risqué. Au lieu de remonter, les prix ont continué à glisser. Ré-sultat: certains producteurs se retrouvent aujourd’hui à vendre leur cacao à un prix de loin plus inférieur à celui qu’ils avaient évité il y a quelques temps.
Ces regrets sont d’autant plus amers que les décisions de conservation ont parfois été motivées par des besoins précis: financer la prochaine campagne, investir dans les champs, gagner beaucoup plus. Pour ces producteurs de cacao, la baisse progressive que l’on vit actuellement, a un goût de désillusion.
Un signal préoccupant pour la prochaine saison cacaoyère
La chute progressive des prix du cacao n’est pas sans conséquences sur les perspectives de la saison à venir. Si la tendance se confirme, elle pourrait dé-moraliser certains producteurs. Dans un contexte où les cacaoculteurs espéraient capitaliser sur les bonnes saisons passées pour renforcer leurs exploitations, la baisse actuelle agit comme un coup d’arrêt.
Beaucoup s’interrogent et comprennent qu’il est peut être temps de diversifier les cultures pour réduire les risques de sécheresse financière. L’incertitude est d’autant plus grande que le marché du cacao reste soumis à de nombreux facteurs externes, notamment les fluctuations du marché international.
Pour les producteurs locaux, pas du tout outillés pour anticiper ces variations, chaque baisse devient une source de vulnérabilité.
Entre prudence et résilience, l’attente d’un nouveau souffle
Face à cette situation, les producteurs oscillent entre prudence et résilience. Si certains d’entre eux redoutent déjà le pire, il y en a encore qui espèrent au moins une stabilisation. « Même si le prix du cacao baisse, on ne va plus jamais descendre jusqu’à 800-900 le kilo comme on vendait avant », laisse entendre un cacaoculteur d’Obala.
Le constat général qu’il faut faire, c’est que l’enthousiasme des saisons précédentes a clairement laissé place à une vigilance accrue. Plus que jamais, la question de la gestion des revenus, de l’accompagnement des producteurs se posent avec acuité.
La baisse actuelle rappelle que, dans le secteur cacaoyer, les périodes fastes peuvent être aussi fragiles qu’éphémères. Une chose est sûre: à l’aube de la prochaine saison cacaoyère, l’optimisme n’est plus de mise. Le cacao, longtemps perçu comme un eldorado retrouvé, pourrait bien redevenir une culture sous tension, où chaque fluctuation de prix pèse lourdement sur le quotidien des producteurs.
Une fois de plus, c’est le moment pour nos cacaoculteurs d’arrêter de mettre tous leurs œufs dans le même panier, de penser à cultiver d’autres produits agricoles, de façon à avoir de l’argent tout au long de l’année.
